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Pleins feux sur ... quatre anciens vainqueurs

Le championnat du monde par équipes fêtera ses cinquante ans cette année à Marseille. Au cours de ce demi-siècle, seuls quatre pays ont remporté le titre : l'Australie, le Pakistan, l'Angleterre (anciennement Grande-Bretagne) et l’Égypte. Aujourd'hui, nous vous proposons un petit coup de projecteur sur quatre joueurs. Qui n'ont certes jamais été champion du monde en individuels, ou ne sont pas le plus grand joueur de l'histoire de leur pays, mais ont eu une superbe carrière et font partie de l'histoire de la compétition. Retour en arrière...

Article de Jérôme Elhaïk

Leur carrière en un clin d'œil

Le Pakistanais Qamar Zaman est le seul parmi ces quatre joueurs à avoir été numéro 1 mondial. Une place qu'il a occupée pendant deux périodes (février 1975 – janvier 1976 et janvier – décembre 1981). Son fait d'armes est sans nul doute sa victoire au British Open en 1975, et il y aurait pu y eu avoir bien d'autres s'il ne s'était pas heurté à deux monstres sacrés de la discipline : Geoff Hunt et Jahangir Khan, contre lesquels il a perdu de nombreuses finales de tournois majeurs (championnat du monde, British Open).

Après une superbe carrière en junior (champion du monde et deux fois vainqueur du British Open), l'Anglais Simon Parke a fait partie du top 10 mondial de 1995 à 2001, avec une pointe à la troisième place en 2000. La plus grande victoire de sa carrière intervient à l'US Open en 1999 : il bat les numéros 1 et 2 mondiaux – Peter Nicol et Jonathon Power – à chaque fois 15-13 au cinquième jeu. Quelques semaines plus tard, il atteint les demi-finales du British Open.

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Omar El Borolossy, Simon Parke, Paul Price, Qamar Zaman : quatre joueurs qui font partie de l'histoire du championnat du monde par équipes (Crédits photo : Getty Images - Mike Hewitt / squashsite / squashmad / Qamar Zaman)  

Vice-champion du monde junior en 1994, l’Égyptien Omar El Borolossy est resté dans le top 30 mondial de 1999 à 2004, sa meilleure année (il fût 14ème mondial). Il a remporté 14 titres sur le circuit, mais l'un des faits marquants de sa carrière est son quart de finale au World Series d'Al-Ahram dans son pays : au premier tour, il avait battu le numéro 3 mondial David Evans.

L'Australien Paul Price a fait partie du top 10 mondial de la fin de l'année 2000 à début 2002, avec une pointe à la quatrième place. Pendant cette période, il est demi-finaliste du Tournament of Champions et surtout finaliste du British Open, où il bat notamment le numéro 3 mondial, un certain … Simon Parke.

Ces quatre joueurs font partie de l'histoire du championnat du monde par équipes, qu'ils ont remporté une ou plusieurs fois. Quel est leur souvenir le plus marquant dans cette épreuve ?

Les années 80 sont l'âge d'or du Pakistan, qui remporte l'épreuve quatre fois de suite. Qamar Zaman faisait partie de la sélection en 1981, 1983 et 1987, à chaque fois avec Jahangir Khan à ses côtés. « On avait vraiment une équipe très forte, » raconte-il. « On n'a d'ailleurs pas perdu un seul match pendant cette période. Je me rappelle notamment des finales contre l'Australie en 1981 et l'Angleterre en 1983. »

Même si Simon Parke a remporté le championnat du monde par équipes avec l'Angleterre 1995 et 1997, il se souvient tout particulièrement de l'édition à 1989 à Singapour, « où j'étais devenu le plus jeune joueur sélectionné en équipe nationale, à 17 ans. Nous avions terminé troisièmes, et la finale avait opposé le Pakistan et l'Angleterre, avec des légendes comme Jahangir Khan, Jansher Khan, Chris Dittmar et Rodney Martin. J'ai énormément appris en les observant… »

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Jahangir Khan et Rodney Martin font partie des joueurs qui ont beaucoup inspiré Simon Parke (Crédit photo : squashmad)

Omar El Borolossy affirme avoir eu « la chance et l'honneur de représenter mon pays lors de deux championnats du monde junior (1992 et 1994, où nous avions remporté le titre pour la première fois) et cinq fois en senior (de 1993 à 2001). Je n'ai que de bons souvenirs. Beaucoup de stress, de responsabilité, un fort sentiment patriotique, une poussée d'adrénaline avant chaque match. Et pour ceux qui ont eu lieu en Égypte, énormément de soutien et une grosse couverture médiatique. »

Paul Price a eu « la chance » de disputer trois fois l'épreuve, et de la remporter en 2001 et 2003. « C'était vraiment quelque chose de spécial, » confie-t-il. « Le souvenir qui me reste, c'est avant tout l'émotion que ça m'a procuré de jouer pour mon pays. J'ai eu des équipiers incroyables, et cette volonté commune de faire le maximum les uns pour les autres est quelque chose dont je me souviens encore. Sur le plan personnel, être sacré champion du monde à Melbourne, devant ma famille et mes amis, c'était fantastique. »

Ces quatre joueurs ont un point en commun : lorsqu'ils ont remporté le championnat du monde par équipes, c'était soit le premier titre pour leur pays, soit cela faisait très longtemps qu'il ne l'avait pas remporté. Les attentes étaient-elles fortes, et cette victoire a-t-elle eu un impact pour le développement du squash dans leur pays ?

Le Pakistan avait remporté une seule fois le titre avant celui de 1981. Trois autres suivront, et cette victoire marquera le début d'un âge d'or de plus de 15 ans pour le pays. Pendant cette période, Jahangir et Jansher Khan (qui n'ont pas de lien de parenté) gagneront un nombre incalculable de tournois majeurs. Jahangir Khan avait 18 ans en 1981, et ce titre de champion du monde par équipes était alors le point d'orgue de sa carrière naissante.

La Grande-Bretagne avait remporté deux fois le titre à la fin des années 70. Puis l'Angleterre a commencé à participer séparément à partir de 1981. Avant l'édition de 1995 organisée en Égypte, elle n'avait pas encore été couronnée. « Mais nous avions toujours eu de bons résultats, » raconte Simon Parke. « Et tous les grands joueurs que j'évoquais précédemment avaient pris leur retraite, à l'exception de Jansher Khan. Il y avait sans doute des attentes, mais nous avions également beaucoup de confiance. L'équipe était composée de Del Harris, Mark Chaloner (qui faisait ses premiers pas en équipe nationale), Chris Walker (qui avait remplacé Peter Marshall) et moi-même. Le tournoi se déroulait au Caire, mais à l'époque l’Égypte n'avait qu'un seul grand joueur, Ahmed Barada, et nous nous sommes donc retrouvés face au Pakistan en finale. Del Harris a gagné le premier match, qui est toujours très important, puis je me suis - malheureusement pour moi - retrouvé face à un Jansher Khan au sommet de son art. C'est d'ailleurs le seul match que j'ai perdu de la semaine. Le match décisif était donc un duel entre notre « rookie » Mark Chaloner, surnommé Chip, et Mir Zaman Gul, qui était monté jusqu'à la 7ème place mondiale et était un joueur redoutable. Chip a commencé le match sans ressentir aucune pression. Il a rapidement mené 2-0, puis on est arrivés à 9-9 dans le troisième. Le score n'a pas bougé pendant une éternité (NDLR : l'ancien système de comptage était encore en vigueur) et on était tous très nerveux sur le banc. Chip a alors joué un double mur inversé côté revers, je dois dire le plus audacieux et le plus ambitieux que j'ai jamais vu … Un coup qui lui a permis de remporter ce match, et d'offrir à l'Angleterre son premier titre mondial. C'était une joie indescriptible, on s'est tous précipités sur le court pour fêter ensemble cette victoire, entraîneurs, joueurs … En ce qui concerne l'impact dans le pays, on a eu droit à plusieurs articles dans certains des plus grands journaux du pays, et le squash a bénéficié d'une exposition importante à partir de ce moment. Donc on peut effectivement penser que ce succès a contribué à ce que notre sport bénéficie de subventions plus importantes par la suite. »

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Pour Omar El Borolossy (en haut à gauche), le titre de champions du monde en 1995 est le plus grand souvenir de sa carrière (Crédit photo : squashpics)

Quatre ans plus tard, le championnat du monde par équipes est de retour au Caire. « L'objectif était d'atteindre les demi-finales, » indique Omar El Borolossy, « mais personne ne pensait qu'on pouvait gagner. J'ai eu la chance de jouer le match décisif de la finale et de le gagner (NDLR : contre le Gallois David Evans, dont l'équipe avait causé une énorme surprise en sortant leurs voisins Anglais en demi-finale). Offrir le titre à l’Égypte à domicile, devant ma famille et mes amis, en direct à la télévision nationale, est sans aucun doute le meilleur moment de ma carrière. »

Après quatre médailles d'or lors des dix premières éditions, l'Australie n'avait pas gagné depuis dix ans avant d'accueillir le championnat du monde par équipes 2001. « Nous ne ressentions aucune attente venant de l'extérieur, » raconte Paul Price, « mais je me souviens que l'équipe était totalement concentrée sur la conquête du titre. Jouer à domicile procure toujours un supplément de motivation. » En termes d'impact dans le pays, « cette victoire a sans doute apporté une contribution. Je pense qu'elle a montré la voie à suivre aux jeunes joueurs. Ce type d'évènements étaient une incroyable source d'inspiration et de motivation pour moi, donc j'imagine que c'était la même chose pour les autres joueurs. »

Les médailles remportées dans les épreuves par équipes ont-elles une saveur particulière, notamment par rapport aux titre individuels ?

Alors qu'Omar El Borolossy place ses deux médailles d'or mondiales par équipe « avant n'importe quel titre individuel, » Qamar Zaman affirme que « tous les titres, qu'ils soient collectifs ou individuels, sont importants. » Simon Parke place également « (ses) deux titres de champion du monde par équipe au même niveau que ma victoire à l'US Open en 1999. 1995 était vraiment spécial car c'était le premier pour l'Angleterre, mais parvenir à le conserver deux ans plus tard en Malaisie, c'était également incroyable. Le squash est en temps normal un sport tellement individuel, et on peut parfois se sentir seul lorsqu'on est joueur. C'est la raison pour laquelle j'adore les compétitions par équipe, on est soutenu par ses équipiers, les entraîneurs et tout le staff. Leurs encouragements lorsque vous êtes sur le court, c'est vraiment une sensation incroyable, surtout quand on gagne ! »

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Del Harris, Simon Parke et Peter Marshall avant leur départ pour le championnat du monde par équipes 1997, où ils conserveront le titre acquis deux ans plus tôt (Crédit photo : gettyimages - John Marsh)

Paul Price insiste à nouveau sur la fierté de représenter son pays. « Jouer pour l'Australie et gagner ces titres font partie des choses dont je suis le plus fier dans ma carrière. Dans le sport, il n'existe pas de plus grand privilège que de représenter votre pays et je suis chanceux d'en avoir eu l'occasion. Quand en plus, vous avez la chance de le faire avec des équipiers formidables, ça rend les choses encore plus spéciales. »

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Paul Price (deuxième en partant de la gauche) avec ses équipiers (Anthony Ricketts, David Palmer, Joseph Kneipp) lors de son deuxième titre de champion du monde en 2003 à Vienne (Crédit photo : squash-u-Bild.net)

Que sont-ils devenus depuis leur retraite du circuit professionnel ? Jouent-ils encore au squash ?

Depuis sa retraite, Qamar Zaman a toujours été très impliqué auprès de sa fédération, et il est actuellement conseiller du président de la PSF. De plus, il a récemment décidé de se lancer en politique. Quant à lui, Simon Parke est actuellement entraîneur, « dans le club de Chapel Allerton à Leeds, pour lequel je joue également en Yorkshire Premier League tous les mercredis (nous sommes tenants du titres). Je donne également des leçons à l'université de Leeds, et je commente régulièrement des matches sur la chaîne Squash TV. » Omar El Borolossy est également impliqué dans l'enseignement : il a lancé son académie, « en 2005. Elle est maintenant la plus importante au monde, avec 5 filiales et plus de 1500 joueurs de toutes les catégories d'âge. Je joue toujours, en vétérans. J'ai remporté deux British Open et un championnat du monde en plus de 35 ans. »

« Mon femme et moi sommes revenus en Australie il y a 3 ans, » confie Paul Price, « et depuis j'ai organisé des stages pour les joueurs de squash, sur et hors du court (sous l'appellation Inspired Peak Performance Squash). Il y a quelques semaines, j'ai été nommé entraîneur national et responsable du haut niveau par la Fédération australienne, et j'en suis évidemment ravi. En dehors du squash, nous venons également d'ouvrir la première de deux premières salles de fitness F45 dans le centre de Melbourne. C'est un projet excitant, qui m'amènera à travailler avec des personnes passionnantes. Je ne joue plus au squash, mais ces dernières années j'ai fait énormément de running et de séances d'entraînement F45. »

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Entraîneur, formateur, commentateur ou dirigeant : tous ces anciens vainqueurs sont encore très impliqués dans le monde du squash (Crédits photo : Chapel Allerton Lawn Tennis ClubEl Borolossy Squash Academy / WSF World Juniors / Squash Australia)

Seront-ils présents à Marseille, et quels sont leurs pronostics pour l'édition de cette année ?

Qamar Zaman ne sera pas présent dans la cité phocéenne, mais il affirme toujours « suivre le squash de très près. En ce qui concerne le Pakistan, l'équipe n'est bien sûr plus aussi forte que par le passé mais j'espère qu'ils feront le meilleur résultat possible. » Omar El Borolossy non plus ne devrait « pas être présent. Mon pronostic ? Je vois une finale entre l’Égypte et la France, et j'espère que mon pays en sortira vainqueur (rires). » À la différence de Zaman et d'El Borolossy, Simon Parke et Paul Price seront dans le sud de la France, et pour cause. L'Anglais commentera les matches pour Squash TV. « L'autre raison pour laquelle j'ai hâte d'y être, » indique Parke, « c'est parce qu'il y aura tellement de super joueurs en provenance du monde entier : près d'une centaine de joueurs, et 24 pays. L'attention se portera naturellement sur le pays hôte, la France, qui a remporté de fort belle manière le dernier championnat d'Europe, contre l'Angleterre en finale. D'un côté des joueurs comme Gaultier, Castagnet et Marche, de l'autre Matthew, Willstrop, Selby. Et évidemment l’Égypte qui sera favorite avec une équipe bourrée de talent (El Shorbagy, Ashour, Farag, Gawad). (NDLR : les sélections n'ont pas encore été annoncées à l'heure où nous écrivons ces lignes). J'aimerais évidemment que l'Angleterre s'impose à nouveau, même si c'est de plus en plus difficile au fil des ans. Mais c'est justement pour cette raison que cette compétition est si excitante. Rendez-vous à Marseille ! »

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Simon Parke (à droite), en compagnie de son complice Joey Barrington, avec qui il commente les grands tournois sur Squash TV (Crédit photo : Mikphotos)

Comme évoqué plus haut, Price a récemment été nommé entraîneur de l'équipe d'Australie, et il a « hâte d'être à Marseille pour le championnat du monde. Le niveau sera évidemment très relevé, mais je sais que nos joueurs feront tout pour obtenir le meilleur résultat possible. » (NDLR : les têtes de séries n'ont pas encore été annoncées, mais si l'on se réfère au classement des joueurs et aux résultats des précédentes éditions, l'Australie devrait être tête de série n°4).

 


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