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Présentation des équipes : L'ANGLETERRE MISE SUR SON EXPÉRIENCE

L'armada Égyptienne est certes grande favorite du championnat du monde par équipe, qui démarre lundi prochain à Marseille. Mais comment ignorer l'Angleterre ? Vainqueur de cinq des dix dernières éditions, ils s'appuieront sur un trio à l'expérience sans égal. Nous vous présentons aujourd'hui un géant de la planète squash, avec notamment un entretien exclusif avec Nick Matthew. 

Article de Jérôme Elhaïk

Voici quelques chiffres qui illustrent le degré de performance de l'Angleterre dans les compétitions par équipes. Depuis leurs débuts au championnat du monde en 1981 (auparavant, c'était la Grande-Bretagne), ils n'ont jamais été absents du dernier carré, remportant cinq titres et neuf autres médailles (trois d'argent, cinq de bronze). Si la France a récemment bousculé leur suprématie à l'échelle Européenne, les joueurs de la perfide Albion ont tout de même été couronnés quarante fois en quarante-cinq éditions ! L'entraîneur national David Campion voit deux raisons principales dans cette réussite : « Tout d'abord, les joueurs anglais sont incroyablement fiers de représenter leur pays. Ensuite, toutes les équipes nationales s'entraînent ensemble, que ce soit les hommes, les femmes ou les jeunes. Il existe un véritable sentiment d'unité, et cette cohésion permet de bâtir un esprit d'équipe qui fait la différence dans les moments clé d'une compétition. »

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Cette photo d'Alison Waters et de Peter Barker aux Jeux du Commonwealth Games 2014 illustre parfaitement la cohésion évoquée par l'entraîneur national David Campion (Crédit photo : US Squash / Getty Images)

Ce n'est un secret pour personne que Nick Matthew (37 ans) et James Willstrop (34 ans) ne sont pas les meilleurs amis du monde, mais ils ont toujours su mettre cette rivalité de côté en sélection. Les deux joueurs ont disputé leur premier championnat du monde ensemble en 2003. Ils n'en ont raté aucun depuis, avec trois titres à la clé (2005, 2007 et 2013). La troisième pointe du triangle est Daryl Selby (35 ans). Il y a quatre ans à Mulhouse, le natif d'Harlow avait joué un rôle majeur dans la victoire de son équipe, grâce à une prestation époustouflante en finale contre Tarek Momen. « Cela fait six mois que je me prépare spécifiquement pour ce match, » avait-il déclaré. « Le championnat du monde par équipe est une compétition très spéciale, qui pousse nos joueurs à donner le meilleur d'eux-mêmes, » ajoute Campion. Il ne faut donc pas trop se fier à leurs résultats (relativement) mitigés depuis le début de la saison, surtout pour Willstrop et Selby qui ont gagné peu de matches sur le circuit en 2017-2018. Ces joueurs très expérimentés se sont certainement préparés pour arriver au top en décembre, avec l'enchaînement championnat du monde par équipe puis individuel, à Manchester (Matthew et Selby avaient d'ailleurs fait l'impasse sur le World Series de Hong Kong). « L'équipe a très bien travaillé ensemble pendant l'été au centre national, » précise l’entraîneur national. « Et même si le calendrier est très chargé, nous parvenons toujours à trouver nous rassembler pendant quelques jours afin de nous concentrer sur la compétition. Dans ce contexte, la rencontre Angleterre – Reste du Monde est parfaite puisqu'elle nous permettra en plus de disputer des matches contre des adversaires de très haut niveau. » Vendredi, Matthew, Willstrop et Selby – accompagnés de Laura Massaro – seront à St George's Hill pour y affronter une sélection composée de Mohamed El Shorbagy, Paul Coll, Cameron Pilley et Hollie Naughton (les matches seront diffusés en direct sur YouTube, ici).

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L'Angleterre avait délivré une magnifique performance d'équipe pour battre l'Egypte il y a quatre ans à Mulhouse (Crédit photo : SquashSite)

Pour compléter l'équipe, Campion a fait appel à Adrian Waller. Après deux sélections en championnat d'Europe, ce gaucher de 27 ans (32ème mondial) fera ses premiers à l'échelle mondiale. « Je suis ravi pour Adrian, » indique Campion. « Il y avait plusieurs autres candidats pour cette quatrième place (Chris Simpson, Tom Richards, Declan James), mais il est celui qui est le plus en forme depuis le début de la saison. Il tire les fruits d'un gros travail estival, et nous espérons qu'il va continuer sur cette lancée. » Waller peut-il être amené à devenir le leader de la sélection ? Nick Matthew (qui a annoncé que cette saison serait sa dernière) ne sera plus là dans deux ans, et ce sera peut être également le cas pour Willstrop et Selby. De nombreux observateurs sont sceptiques quant aux chances de l'Angleterre de briller au niveau international dans un avenir proche, en raison d'un manque de renouvellement. En attendant la réponse à cette question, cette génération dorée du squash Anglais aura l'occasion dans quelques jours d'écrire encore un peu plus son histoire …

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Dix-huit mois après sa dernière sélection au championnat d'Europe par équipe 2016, Adrian Waller a été récompensé de ses bons résultats cette saison (Crédit photo : EuroSquash2016)

 

NICK MATTHEW: "LA DEMI-FINALE À MULHOUSE EN 2013 EST L'UNE DES SOIRÉES LES PLUS INCROYABLES DE TOUTE MA VIE"

Trois fois champion du monde individuel, et trois fois par équipe. Triple vainqueur du British Open, et trois fois médaillé d'or aux Jeux du Commonwealth. C'est l'un des plus grands joueurs de squash de l'histoire qui tirera sa révérence à la fin de la saison. Alors qu'il s'apprête à disputer pour la dernière fois le championnat du monde par équipe, Nick Matthew nous a accordé un entretien exclusif.

Jérôme Elhaïk : Commençons par parler de ton parcours au championnat du monde par équipe. Est-ce que tu te souviens de ton premier match, et as-tu des souvenirs en particulier de cette compétition ? 

Nick Matthew: J'ai fait mes débuts sous le maillot de l'Angleterre au niveau international au championnat du monde par équipe à Vienne en 2003. Ça faisait déjà un ou deux ans que j'étais proche d'être retenu, mais la concurrence a toujours été rude dans notre pays ! Je me rappelle de notre déception après la défaite contre la France en demi-finale, mais aussi de la fierté que j'ai ressenti après avoir gagné le premier match, avec la pression que cela engendre (NDLR : il avait battu Jean-Michel Arcucci). En ce qui concerne mes souvenirs, la demi-finale à Mulhouse en 2013 est l'une des soirées les plus incroyables de toute ma vie. C'est probablement la meilleure ambiance que j'ai connue. Le public faisait énormément de bruit, et 99 % d'entre eux encourageaient la France, ce qui est normal ! Mon match contre Greg (Gaultier) et la rencontre dans son ensemble ont été tout simplement hallucinants. Il y a eu tellement de tension, de rebondissements et d'émotions. On a tous les deux eu des crampes et on ne tenait quasiment plus debout à la fin, mais ça ne m'a pas empêché de quasiment sauter par dessus la vitre quand j'ai gagné. La chose qui m'a le plus marqué ce soir là, c'est le fair-play des supporters français. Pendant les matches, ils nous huaient et nous sifflaient, mais lorsque nous avons quitté la salle, ils nous ont montré à quel point ils nous respectaient en nous faisant une standing ovation. La grande classe.

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Nick Matthew était aux anges après sa victoire contre Gaultier à Mulhouse (Crédit photo : SquashSite)

J.E.: Êtes-vous confiants à l'approche de l'édition de cette année ? Sur le papier, l’Égypte est grand favori, et la France et l'Angleterre ses principaux challengers. Es-tu d'accord, et qui sont selon toi les outsiders possibles ?

N.M.: L’Égypte est évidemment favorite, mais nous avons toujours cru en nous lors des compétitions par équipe, nos résultats en attestent. J'ai le sentiment que nous y donnons le meilleur de nous-mêmes, et aucune autre équipe n'est aussi expérimentée que la notre. La France sera redoutable, tout particulièrement à domicile. J'espère qu'ils affronteront l’Égypte en demi-finale ! Je pense qu'il y a de nombreuses équipes avec des numéros 1 très forts, capables de causer une surprise sur une rencontre. La densité est exceptionnelle actuellement sur le circuit, et il n'y aura pas de rencontres faciles.

"Aucune autre équipe n'est aussi expérimentée que la notre"

J.E.: Ce n'est pas un secret que la prochaine génération de joueurs anglais aura fort à faire pour faire aussi bien que ses aînés. Est-ce que le fait que ce soit votre dernier championnat du monde ensemble vous donne une motivation supplémentaire pour tenter d'obtenir le meilleur résultat possible à Marseille ?

N.M.: C'est probablement la dernière opportunité pour notre génération, et si l'on en croit les observateurs, la dernière pour l'Angleterre avant un bout de temps. Néanmoins, nous avons confiance en les joueurs qui arrivent derrière, ils sauront élever leur niveau le moment venu. La seule chose que nous pouvons faire pour l'instant, c'est de donner notre maximum. 

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Daryl Selby, James Willstrop et Nick Matthew ont apporté de nombreux succès à leur pays (Crédit photo : SquashSite)

J.E.: Comme nous l'évoquions précédemment, le squash Anglais a obtenu des résultats extraordinaires dans les compétitions par équipe. L'année dernière au championnat du monde féminin à Paris, l'entraîneur national David Campion invoquait deux raisons : la fierté de représenter votre pays, et une culture basée sur la cohésion. Es-tu d'accord, et peux-tu développer ?

N.M.: Je suis complètement d'accord. L'équipe dont je fais partie depuis 15 ans a grandi ensemble. Quand nous étions plus jeunes, nous avons beaucoup appris de joueurs plus âgés : Peter Nicol, Simon Parke, Peter Marshall, Lee Beachill, Cassie Jackman. Des entraîneurs comme David Pearson et Paul Carter nous ont transmis ce que ça signifiait de jouer pour l'Angleterre, et la fierté de porter le maillot. J'espère que nous avons réussi à le faire avec les jeunes joueurs. 

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James Willstrop et Nick Matthew (à gauche) ont remporté leur premier titre mondial par équipe en 2005, aux côtés de Lee Beachill et Peter Nicol (Crédit photo : Getty Images)

J.E.:  Es-tu satisfait de la façon dont se déroule ta dernière saison jusqu'ici ?

N.M.: Je prends énormément de plaisir. Je suis conscient que je ne vais pas gagner tous mes matches, mais je suis content de la façon dont je joue, et j'estime être dans une meilleure forme physique que lors des 3 ou 4 dernières saisons. Je sens que j'ai bien préparé les deux championnats du monde qui arrivent (par équipe puis individuel à Manchester du 8 au 17 décembre). Mais tout reste à faire pour atteindre les objectifs que je me suis fixés.

"Je prends énormément de plaisir pour ma dernière saison"

J.E.:  Dernière question : la plupart des entraîneurs nationaux sont d'anciens joueurs de top niveau, et deux de tes anciens rivaux – Amr Shabana et Thierry Lincou – ont occupé ou occupent toujours ce poste. Est-ce que tu te vois devenir entraîneur national pour l'Angleterre un jour ?

N.M.: J'ai joué de nombreux matches extraordinaires contre Amr et Thierry, et j'en ai beaucoup appris. Ce sont deux gars extraordinaires, mais sur le court ils ne faisaient pas de cadeaux. Quoiqu'il arrive, j'aimerais rendre au squash Anglais ce qu'il m'a donné d'une manière ou d'un autre, mais pour l'instant je me concentre sur ma dernière saison en tant que joueur …

 

Nick Matthew par David Campion

« Nick apporte non seulement toute son expérience à l'équipe, mais il démontre également un professionnalisme dont peuvent s'inspirer tous les jeunes joueurs avec lesquels il s'entraîne. Jouer pour l'Angleterre est toujours une immense fierté pour lui, et il le fait avec passion. Il évolue toujours à son meilleur niveau, ou presque, sous le maillot de la sélection. C'est un exemple. »

 

Le film « Becoming the Wolf » qui retrace le parcours de Nick Matthew, depuis ses débuts jusqu'à son statut de légende du squash, ainsi que tous les hauts et les bas, est disponible pour les abonnés du site Web England Squash, ici :

Becoming the Wolf

Plus d'informations sur les équipes sur ce lien.


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