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Présentation des équipes : L'ÉGYPTE EST-ELLE IMBATTABLE ?

Aujourd'hui, nous concluons notre présentation des 4 têtes de série, avec les grands favoris Égyptiens. Composée de quatre joueurs parmi les 11 meilleurs mondiaux – dont le double champion du monde par équipe Ramy Ashour – cette équipe est considérée comme imbattable par de nombreux observateurs, malgré l'absence de Mohamed El Shorbagy. Si leurs jeunes joueurs – notamment Ali Farag, qui nous a accordé un long et passionnant entretien – résistent à la pression et reproduisent le niveau de jeu affiché ces derniers mois sur le circuit, ils pourraient bien leur donner raison.

Article de Jérôme Elhaïk

« L'Égypte est au squash ce que le Brésil est au football, » avait déclaré Ashrah Hanafi il y a quelques années (Source : SquashMad). Comme les Auriverde avant chaque Coupe du Monde, celui qui accompagnera les joueurs Égyptiens à Marseille aura l'obligation de remporter le titre. Une ambition légitime, alors que de nombreux observateurs estiment les Pharaons tout simplement imbattables cette année. Difficile de leur donner tort au regard du début de saison sur le circuit international, où ils effectuent une véritable razzia : les finales des six gros tournois (World Series et 100 000 $) ont été 100 % Égyptiennes ! Il y a quelques jours à Hong Kong, on retrouvait même six de leurs représentants en quarts de finale … Cette ultra-domination se traduit évidemment au classement : parmi les 13 meilleurs joueurs mondiaux, 8 sont Égyptiens, la principale résistance étant constituée de joueurs ayant largement dépassé la trentaine (Gaultier, Matthew et Willstrop). L'Égypte aurait pu composer 4 ou 5 équipes compétitives pour ce championnat du monde, mais il a fallu faire des choix, et les absents de marque sont nombreux : en premier lieu, Mohamed El Shorbagy, comme en 2013 (interrogé à ce sujet lors de la rencontre Angleterre - Reste du Monde à laquelle il participait vendredi soir à St George's Hill, celui qui domine le circuit depuis trois mois a indiqué que c'était une décision qui avait été prise « en accord avec l'entraîneur national. ») Mais aussi deux joueurs présents lors de la défaite contre l'Angleterre il y a quatre ans : Tarek Momen, récent finaliste au Qatar et Omar Mosaad, de nouveau proche de son meilleur niveau après un exercice 2016-2017 très compliqué. La liste ne s'arrête pas là : Fares Dessouky, Mohamed Abouelghar, Zahed Mohamed ou encore Mazen Hesham, autant de joueurs que n'importe quel pays serait ravi d'avoir dans son effectif.

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Mohamed El Shorbagy et Tarek Momen (ici lors de la finale du Qatar Classic) ne feront pas partie de la sélection Égyptienne à Marseille (Crédit photo : Qatar Classic)

L'Égypte a un double mauvais souvenir à effacer : sa défaite en finale il y a quatre ans – après deux titres consécutifs – et l'annulation de l'épreuve prévue au Caire en 2015. Parmi les quatre joueurs retenus, Ramy Ashour est le seul à avoir déjà disputé la compétition, dans laquelle il est d'ailleurs invaincu en 14 matches. Miné par les blessures depuis plusieurs années, le triple champion du monde a d'ailleurs manqué quelques tournois cette saison. Il vient néanmoins d'effectuer son retour à Hong Kong, où sa sortie prématurée contre Leo Au a semblé davantage due à une manque de condition qu'à un souci physique. Ashour amènera son expérience à un groupe jeune : Karim Abdel Gawad (26 ans, numéro 2 mondial), Ali Farag (25 ans, n°4) et Marwan El Shorbagy (24 ans, n°6) n'ont jamais porté le maillot de la sélection en senior. Si le choix de Farag était évident au vu de sa forme actuelle (un titre, trois finales en 2016-2017), les deux autres ont connu un début de saison en deçà de leurs standards habituels, avant de revenir en forme au bon moment (demi-finalistes à Hong Kong). 

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Il y a quatre ans à Mulhouse, la superbe victoire de Ramy Ashour sur Nick Matthew n'avait pas suffi pour donner le titre à l'Égypte (Crédit photo : SquashSite)

La pression inhérente à leur statut de favoris, ainsi que leur manque d'expérience dans les compétitions par équipes peuvent-il être un motif d'espoir pour leurs adversaires ? « C'est vrai que certains autres pays ont plus d'expérience que nous dans ce domaine, » indique Ali Farag (interview à lire ci-dessous). « Mais nous sommes très proches et nous entraidons constamment sur les différents tournois. On a donc déjà cet esprit d'équipe. On est peut-être jeunes, mais on a énormément d'envie ! » 

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Karim Abdel Gawad (en rouge) et Ali Farag – ici lors de leur choc en demi-finale à Hong Kong – feront leur première apparition au championnat du monde par équipe (Crédit photo : SquashSite)

 

ALI FARAG: "PORTER LE MAILLOT DE L'ÉGYPTE, C'ÉTAIT MON RÊVE"

Ali Farag, qui fêtera sa première sélection à Marseille, a un parcours atypique : ancien vice-champion du monde junior, il a ensuite choisi de poursuivre des études supérieures. Un peu moins de trois ans après ses véritables débuts sur le circuit international, il est aujourd'hui numéro 4 mondial ! Il nous a accordé un entretien passionnant.

Jérôme Elhaïk : La concurrence était rude pour la sélection : étais-tu confiant au vu de tes excellents récents résultats ? Et qu'est-ce que ça signifie pour toi de représenter l'Égypte au championnat du monde par équipe ?

Ali Farag : Pour être honnête, dans ma tête je n'avais pas la garantie d'être retenu. Mais étant donné mes performances, la Fédération et notre entraîneur m'ont dit que je ferais partie de l'équipe. J'ai quand même préféré attendre la confirmation officielle avant de me réjouir, car porter le maillot de l'Égypte dans une compétition par équipe en senior est depuis toujours l'un de mes rêves ABSOLUS (NDLR : il a remporté le championnat du monde junior par équipe en 2010). D'ailleurs, je n'arrive toujours pas y croire. Je suis très motivé, et je vais donner tout ce que j'ai pour aider l'équipe à ramener le titre.

"On est peut-être jeunes, mais on a énormément d'envie"

J.E. : Les joueurs Égyptiens ne disputent pas autant de compétitions par équipes que certaines autres nations, et ce sera la première sélection pour deux de tes équipiers et toi. Penses-tu que ça peut avoir une influence ?

A.F. : Les autres pays ont peut-être plus l'habitude de ces compétitions que nous, mais nous sommes très proches les uns des autres, et nous entraidons constamment sur les différents tournois. On a donc déjà cet esprit d'équipe, et on sera prêts. On est peut-être jeunes, mais on a énormément d'envie !

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Ali Farag (en rouge, ici avec Ramy Ashour) estime que l'amitié entre les joueurs compensera le manque d'expérience des compétitions par équipe (Crédit photo : Instagram Ali Farag)

J.E.: L'Égypte pourrait croiser la route de la France en fin de tournoi. En ce qui te concerne, tu as eu de belles bagarres contre nos joueurs ces dernières années …

A.F. : Je me rappelle de tous ces matches avec précision. J’ai battu Mathieu Castagnet en qualifications à El Gouna en 2010, c’est le match qui m’a permis d’intégrer le top 100 pour la première fois de ma carrière. Je me souviens également d’une défaite contre lui en qualification au ToC en 2013 alors que j’étais étudiant à Harvard. J’avais eu six balles de match au total dans les quatrième et cinquième jeux, et il avait plongé dans tous les sens pour les sauver. Comme d’habitude avec Mathieu, c’est un guerrier ! J’ai perdu contre Gaultier à San Francisco en 2015 après avoir mené 10/8 dans le cinquième jeu. Je n’avais jamais poussé un ‘top player’ dans ses retranchements avant ce match, donc ça m’a donné confiance en mes capacités à rivaliser avec eux. La veille, j’avais battu Grégoire Marche en finale des qualifications, alors que j’étais mené 2 jeux à 1.

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Farag a joué de grands matches contre tous les joueurs Français, notamment Grégory Gaultier (Crédit photo : SquashMad)

J’ai également remporté mon tout premier titre sur le circuit pro à Nîmes en janvier 2011, donc la France me porte chance ! Avant cela j’avais été en vacances en France avec ma famille pendant l’été 2006, et j’avais adoré. Je suis allé dans une école française jusqu’en quatrième, et j’ai toujours aimé votre pays. D’ailleurs, la France est mon équipe de foot préférée.

J.E. : Revenons sur ce que toi et ton épouse Nour El Tayeb avez accompli à l'US Open il y a quelques semaines. Peux-tu nous raconter la préparation du match le jour de vos finales ?

A.F. : Nous avons abordé la journée des finales comme n'importe quelle autre. Nour et moi n'étions pas favoris et n'avions rien à perdre, et on savait aussi qu'on était en forme. Donc l'essentiel était de prendre du plaisir sur le court. Après le réveil, on est allés taper la balle, avant de répondre aux questions de SquashTV. Ensuite on est retournés à l'hôtel pour déjeuner avant de faire la sieste, puis on est allés sur le court juste avant son match. Les gens pensent peut-être que c'est un désavantage quand Nour joue juste avant moi, et je comprends pourquoi. Mais ça peut également être l'inverse. 

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Ali Farag et sa femme Nour El Tayeb sont rentrés dans l'histoire du sport en remportant l'US Open (Crédit photo : US Open Squash)

Je suis tellement à fond dans son match que je ne suis pas stressé par le mien. Je commence seulement à y penser quelques minutes avant d'entrer sur le court. De plus, sa victoire m'a donné un énorme coup de boost. C'est comme si c'était écrit, on devait gagner tous les deux ce jour-là. Concernant l'après-match, on a commencé à vraiment réaliser après toutes les sollicitations médiatiques. Le fait qu'on soit le premier couple marié de l'histoire à remporter un titre majeur en même temps a attiré l'attention de nombreux journaux et chaînes de télé. Mais je pense qu'elle comme moi, on est parvenus à mettre tout ça derrière nous et à se concentrer sur les tournois suivants. La saison est encore très longue, et notre souhait est de reproduire ce scénario encore et encore ...

"Nour et moi, on espère répéter le scénario de l'US Open encore et encore"

J.E. : Le Français Victor Crouin – vice-champion du monde junior comme toi – va suivre tes traces encore un peu plus, puisqu'il étudiera à Harvard à partir de septembre prochain. Es-tu conscient que tu fais office d'exemple ?

A.F. : Je pense que c'est super pour le squash. En effet, on montre l'exemple à d'autres sports, c'est-à-dire que c'est possible de faire des études supérieures puis d'avoir une carrière de sportif professionnel par la suite. D'après ce qu'on m'a dit, Victor est un garçon brillant, et inutile de préciser qu'il est un super joueur. J'ai totalement confiance en lui ainsi qu'en Marwan Tarek (NDLR : champion du monde junior en titre), ils reviendront sur le circuit une fois leurs études terminées et feront partie des meilleurs, comme ça a été le cas pour eux en jeunes.

 

Actuellement n°4 mondial, Ali Farag aurait pu ne jamais devenir joueur de squash professionnel. Découvrez les dessous de son histoire ...

« Initialement, je n’avais aucune intention de quitter l’Égypte. Alors que j’étais en Équateur pour le championnat du monde junior en juillet 2010, l’entraîneur adjoint d’Harvard m’envoyait des mails quasiment tous les jours, me demandant de rejoindre leur équipe. Mais j’étais très attaché à ma famille et mes amis au pays, et j’ai décliné l’offre. Six mois plus tard, j’ai remporté le British Junior Open en U19, prenant ma revanche sur Amr Khalifa qui m’avait battu en finale en Équateur. L’entraîneur d’Harvard, Mike Way, était à Sheffield et a rencontré mes parents, mais j’ai de nouveau refusé. Deux semaines plus tard, je disputais un tournoi à St Louis, et j’ai appelé mon père, lui demandant de me rejoindre aux États-Unis pour qu’on aille visiter l’université d’Harvard, ça n’engageait à rien. J’ai été très bien reçu par toute l’équipe et les entraîneurs, et même par le directeur des sports et le responsable des inscriptions, qui m’a fait passer un entretien. L’idée d’étudier à l’étranger a commencé à germer dans mon esprit, même si je préférais quand même rester en Égypte. Deux jours après notre retour à la maison, la révolution a éclaté le 25 janvier 2011. Dans ces conditions, mon père m’a dit qu’aller aux États-Unis et décrocher un diplôme reconnu était la meilleure solution. J’ai été admis à Harvard, et il s’avère que ça a été la meilleure décision de ma vie – et la plus importante – pour plein de raisons différentes. Principalement parce que j’y ai rencontré Mike Way., qui est depuis mon guide dans le squash et dans la vie, avec mon frère Wael.

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Ali Farag lors de son titre de champion universitaire en 2012, à droite sur la photo son entraîneur Mike Way (Crédit photo : www.mtbello.com)

Je n’ai jamais pensé faire une carrière de joueur pro quand j’étais jeune, dans ma tête après les juniors c’était fini. Je raisonnais de manière rationnelle, à savoir que la priorité était d’obtenir un diplôme et de trouver un emploi sûr, afin de mener une vie tranquille et sans risques. Mais Mike, mon frère et Nour (mon épouse) ont tenté de changer ma vision des choses, et essayé de me convaincre de poursuivre mon rêve, c’est-à-dire passer pro après l’université. J’ai commencé à y penser mais je n’étais pas encore totalement convaincu. Je suis rentré en Égypte après avoir obtenu mon diplôme en mai 2014, et j’ai dû faire mon service militaire. On n’a pas le droit de travailler pendant cette période, alors je me suis dit pourquoi ne pas essayer de jouer sur le circuit. Et ça s’est très bien passé. Je suis passé de numéro 88 à 22 mondial en l’espace d’un an. Mais surtout, j’étais heureux. Heureux de parcourir la planète, aux côtés de la personne que j’aime le plus au monde, pour pratiquer un sport que j’adore depuis mon plus jeune âge. À la fin de l’année 2015, j’ai finalement décidé que c’est ce que je ferai pendant les 10-15 prochaines années de ma vie (si Dieu le veut). Depuis, j'essaie de rattraper mon retard sur les joueurs qui fréquentent le circuit depuis 10 ans. Mon objectif, c’est de de continuer à m’améliorer à chaque match, tournoi après tournoi, jusqu’à atteindre mon but ultime : être numéro 1 mondial. »

 


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